Vous vous fiez à votre instinct ? Mauvaise nouvelle…

“Fais comme tu le sens.”

“Ecoute ton coeur”

“Suis ton instinct.”

Que de bons conseils que nous sommes prêts à donner, et à appliquer, sans même s’interroger sur leur bien-fondé tellement ils nous sont répétés encore et encore…

Quand j’ai annoncé que je me mettais à pratiquer le jeûne intermittent, un ami a relevé que ce n’était pas un comportement naturel et que si la faim me tenaillait il me fallait y céder, car après tout, le corps est censé savoir ce qui est bon pour lui non ?

Si vous faites parti de ceux qui font confiance en leurs ressentis pour faire leurs choix, je vais vous faire passer un sale moment. 😀

• Ce crocodile et ce singe qui font de nous des robots

Cette masse de matière spongieuse que nous appelons “cerveau” est constituée de 3 “niveaux” apparus au fil des millions d’années de notre évolution dans l’ordre chronologique suivant :

  1. Le cerveau reptilien (le “crocodile”): gère l’inconscient vital, des battements de coeur à la respiration, en passant par les réflexes de fuite ou de combat nécessaire lorsque nous sommes en situation de danger physique réel.
  2. Le cerveau mammalien (dit limbique, le “singe”) : gère le subconscient animal, notre désir d’appartenance tribal, nos peurs, nos amours, nos haines, nos émotions basiques en somme.
  3. Le cerveau rationnel (dit neo-cortex, “le penseur”) : les deux hémisphères visibles, lesquels gèrent nos facultés d’abstraction, de création, de raisonnement, de transmission d’information et de prévisions.

Bien évidemment le cerveau est incroyablement plus complexe que cette simplification, mais nous ne sommes pas en cours de neuro-biologie et le résumé ci-haut sert déjà bien le propos.

Ce qu’il faut retenir d’important c’est que plus le cerveau est “primitif”, plus il est apparu tôt dans l’évolution, et plus il est vif ! Outrepassant de loin la vitesse du ou des cerveaux “supérieurs”.

Voici pourquoi en self-defense par exemple, on vous apprendra à reprogrammer vos réflexes “reptiliens”, sans techniques ni clés complexes qui auront vite faits d’être oubliées dans le feu de l’action.

Voici pourquoi les personnes en grand danger physique témoignent souvent avoir vu la scène en temps ralenti.

Car le Crocodile prend le dessus lorsque c’est nécessaire, sans demander la permission. Et tout va pour le mieux lorsque c’est pour assurer notre survie. Il a eu des millions d’années pour apprendre son rôle après tout.

Le gros problème, c’est que plus souvent qu’on ne veut l’admettre, le Crocodile et le Singe gouvernent nos réactions quand bien même nous ne sommes pas en réel danger !

A l’instar de robots nous avons pris l’habitude de réagir aux stimulus que nous envoie notre environnement et, empressés d’agir sous ce stress, nous nous jetons dans l’action… ou plutôt la réaction préconisée par le Crocodile ou le Singe.

Ainsi naissent les paroles et les actes répréhensibles que nous choisissons ENSUITE de justifier avec notre cerveau rationnel.

Nous voici alors resté des robots biologiques, sans libre-arbitre ni volonté authentique.

Si vous avez tenté ou réussi à arrêter un comportement automatique comme fumer ou parler trop vite vous comprendrez très bien ce que je veux dire.

• Une mise à jour est nécessaire !

Si ces deux cerveaux ont pour objectif de nous aider à survivre, ou est le problème ?

Le problème vient de l’environnement dans lequel ces deux cerveaux ont été entraînés.

Un environnement peuplé de féroces prédateurs, ou la faim cramponne chaque jour nos estomacs lorsque chasse et cueillette sont infructueuses, ou des forces incompréhensibles telles les intempéries se jouent de nous, ou “l’autre” est automatiquement perçu comme une menace, ou nous nous demandons si le Soleil daignera revenir plus tard, ou la mort peut frapper mystérieusement par le biais d’accidents ou de “malédictions” que nous appellerons des millénaires plus tard “maladies”.

On considère que la race humaine telle qu’elle existe aujourd’hui est apparue depuis 200 000 ans.

Notez que nous ne maîtrisons l’agriculture, et donc la nature, que depuis environ 10 000 ans.

A l’échelle de l’évolution 10 000 années est une période ridiculement courte ! Nos programmes instinctifs n’ont pas eu le temps de s’adapter et sont aujourd’hui résolument obsolètes !

Essayeriez-vous d’utiliser un système d’exploitation des années 80 comme MS-DOS sur un super-ordinateur ultra moderne d’aujourd’hui ?

C’est tout à fait possible, mais serait-ce la méthode la plus judicieuse pour générer des choix efficaces ?

Et pourtant c’est ce que nous sommes éduqués à faire de manière automatique. Nous ressentons de vives émotions et nous nous basons sur celles-ci pour régir nos choix, car il ne nous viendrait que très rarement à l’idée d’aller à l’encontre de nos ressentis.

Par paresse, car penser réellement exige un effort souvent méconnu, nous nous confortons en prétextant que nos intuitions recèlent d’une mystérieuse sagesse inexplicable, que nous sommes “guidés” et protégés, etc etc.

Rien de mieux pour se fourvoyer, pour faire et entretenir des comportements destructeurs ou aberrants que nous défendrons ensuite du mieux que nous pouvons.

Pour répondre à mon ami, se baser sur les sensations seules du corps ne suffit donc pas pour faire un choix correct et sain.

• L’exemple du sucre

A un certain moment de l’évolution, il fut nécessaire pour notre survie de repérer et ingérer au plus vite le glucose dont notre corps avait besoin.

Ainsi nous sommes biologiquement devenus drogués au goût sucré, c’était bénéfique pour nous attirer vers les fruits les plus nutritifs.

Aujourd’hui, sachant très bien notre addiction naturelle au sucre, l’industrie alimentaire en met partout et sous des formes les plus industrialisées.

Si je n’écoutais que mes sensations, je finirais cette boîte de snacks à moi tout seul après la première bouchée.

Si je faisais l’effort d’écouter ma raison, je ne m’autoriserais même pas une bouchée !

• La solution ?

Elle est difficile, et trop peu aujourd’hui en font l’effort, et je peux pourtant la résumer en 3 étapes :

  1. Se renseigner
  2. Essayer par soi-même.
  3. Analyser les résultats.

Contrairement aux réactions du Crocodile et du Singe ces étapes prennent du temps, elles nécessitent de l’organisation et de la persévérance. Et plus que tout, on ne nous apprends pas à les appliquer correctement ! Ce n’est pas courant et ce n’est même pas encouragé !

Je sais cependant que mes lecteurs sont intelligents et curieux… pour la plupart ! :p

Je serais donc ravi d’apprendre quand avez-vous pour la dernière fois muselés vos sensations quand vous saviez qu’il était logique d’en faire autant, et qu’en avez-vous retiré ?